Quand on parle de devoir de conseil, beaucoup imaginent une formule magique : « Je pose deux questions, je coche trois cases, et c’est bon ». En réalité, le devoir de conseil ressemble plutôt à une lampe torche : vous devez éclairer les zones d’ombre qui pourraient rendre la recommandation inadaptée. Et les zones d’ombre, en assurance, sont souvent… patrimoniales.
Je vous le dis comme je le dis en formation : un client peut être de bonne foi, mais ne pas mesurer l’impact d’un détail sur son contrat. Votre rôle, c’est de rendre le dossier “robuste” : des questions simples, un raisonnement clair, et une trace écrite. Le but n’est pas d’interroger le client comme au commissariat, mais d’obtenir les éléments essentiels pour justifier le choix du produit, du niveau de garanties, et du montage (bénéficiaires, options, primes, etc.).
1) Le trio gagnant : objectifs, contraintes, et tolérance au risque
Avant même d’entrer dans le patrimoine, vous devez fixer le cadre :
- Objectifs : protéger la famille, préparer la retraite, transmettre, sécuriser un crédit, optimiser une trésorerie…
- Contraintes : horizon de temps, besoin de liquidité, budget, fiscalité, obligations familiales…
- Tolérance au risque : capacité financière à encaisser une baisse, mais aussi acceptation psychologique.
Sans ça, votre recommandation flotte. Avec ça, elle tient debout.
2) Les questions patrimoniales incontournables (la checklist “anti-ennuis”)
Voici une liste que j’aime bien, parce qu’elle couvre 80% des situations sans être indigeste :
Situation familiale et juridique
- Statut : marié/pacsé/union libre/divorcé/veuf ?
- Régime matrimonial connu ? (si non : le noter et proposer une orientation) — sujet traité ici : DDA et régime matrimonial : pourquoi c’est obligatoire
- Enfants, personnes à charge, situation de handicap ?
- Existence d’un testament / donation entre époux ?
Revenus, charges, et capacité d’épargne
- Revenus nets (salaires, BIC/BNC, fonciers, dividendes, pensions…)
- Charges fixes (crédits, pensions, loyers, scolarité…)
- Capacité d’épargne mensuelle réaliste (pas celle “dans un monde parfait”)
- Variabilité : revenus stables ou fluctuants ?
Actifs et dettes (vue d’ensemble)
- Immobilier : résidence principale, locatif, SCI, valeur estimée
- Placements : assurance-vie, PEA, PER, comptes-titres, épargne bancaire
- Liquidités disponibles et épargne de précaution
- Dettes : crédits immo, conso, cautions, dettes pro
Couvertures existantes (là où ça pique en contrôle)
- Prévoyance : décès, invalidité, incapacité (montants, franchises, exclusions)
- Santé, dépendance, garanties employeur
- Assurance emprunteur : quotité, niveau de couverture, exclusions
Pourquoi c’est crucial ? Parce que conseiller “plus de garanties” alors que le client est déjà correctement couvert, ou l’inverse, peut se retourner contre vous. Et ça, c’est typiquement un angle DDA : adéquation et cohérence.
3) Les “questions qui sauvent” selon le produit
Un bon conseiller ne pose pas les mêmes questions pour un contrat de prévoyance que pour un placement. Voici des exemples concrets :
Assurance-vie / épargne
- À quoi sert ce contrat : transmettre, sécuriser, investir, financer un projet ?
- Qui doit être protégé / avantagé ?
- Le client comprend-il la mécanique de la clause bénéficiaire ?
- Quelle part du patrimoine est investie (diversification) ?
Prévoyance
- Que se passe-t-il si le revenu s’arrête demain ?
- Quel est le “reste à vivre” minimum du foyer ?
- Y a-t-il des charges incompressibles (crédit, enfants) ?
Emprunteur
- Quotité : qui assume quoi en cas de sinistre ?
- Projet familial : rachat de soulte, séparation possible ?
- Professions à risques / sports à risques / antécédents ?
Ce sont des questions simples. Mais elles montrent que vous avez fait votre travail : comprendre avant de proposer.
4) Comment “prouver” votre conseil sans écrire un roman
La bonne méthode, c’est : résumer + justifier + faire valider.
- Résumer la situation (3 à 6 lignes) : famille, revenus, objectifs.
- Justifier la solution (3 à 6 lignes) : pourquoi ce produit, pourquoi ce niveau, pourquoi maintenant.
- Faire valider : “le client confirme l’exactitude” + “le client comprend les risques/limites”.
Vous gagnerez du temps si vous avez des modèles de phrases. Et surtout, vous aurez des dossiers qui se défendent seuls.
5) Les erreurs fréquentes (et comment les éviter)
- Se focaliser sur le produit : on parle frais et options, mais on oublie l’objectif et le contexte.
- Ne pas quantifier : “bonne capacité d’épargne” n’est pas une preuve. Un chiffre, oui.
- Ne pas traiter les incohérences : client prudent mais 100% actions ; client veut transmettre mais clause floue ; client sur-assuré… Il faut l’écrire.
- Ne pas tracer les refus : si le client ne veut pas répondre, ou ne veut pas suivre la recommandation, ça se documente.
6) Renforcer vos bases (conformité + pédagogie)
Si vous voulez structurer votre devoir de conseil et sécuriser vos pratiques, la formation peut vous aider à gagner des mois. Pour la conformité DDA : Formation DDA Assurance. Et si vous voulez compléter le socle intermédiation et l’habilitation : Livret IAS niveau 1 ou Livret IAS niveau 2.
À lire aussi (maillage interne)
- Traçabilité du conseil : documenter le régime matrimonial
- Primes manifestement exagérées : comment protéger votre responsabilité
- Refus de conseil : quand orienter vers un notaire ?
En résumé : votre devoir de conseil ne se mesure pas à la quantité de pages, mais à la qualité des questions et à la cohérence du raisonnement. Posez les bonnes questions patrimoniales, et vous transformez une vente en conseil solide. Et quand ça se passe bien, tout le monde y gagne : le client, vous, et votre tranquillité.



